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-32- + ce jeudi 10 octobre 1918
du 7 et après avoir écrit quelques mots a la maison,
je viens y répondre un peu plus longuement.
Tu n’as pas besoin de me recommander d’être prudent. Je
suis certain que depuis que je suis en guerre j’ai plutôt
exagéré la prudence que d’en avoir manqué.
Je ne regrette pas d’ailleurs. La vie est entre les mains de Dieu
et il y a longtemps que je lui en ai fait le sacrifice. Il la
veut, il la prendra quand, où et comme il voudra. Sinon,
j’espère qu’il me donnera la force de le bien servir et
de faire toujours sa volonté.
Ce que j’ai voulu te dire dans la lettre à laquelle tu
fais allusion, c’est que souvent je souffre de ne pas pouvoir
donner un effort aussi considérable que celui fourni par
certains et même par la plupart de mes camarades. Je sens
très bien que je ne suis pas à ma place lorsque
j’ai une pioche ou un outil quelconque dans les mains et cela
est souvent pénible. Cependant je ne me décourage
pas et m’efforce de supporter cette épreuve le plus chrétiennement
possible c’est a dire que je l’offre a Dieu en expiation de mes
péchés et pour les âmes qui me sont particulièrement
chères, et comme je te le disais ces jours derniers, Dieu
ménage toujours l’épreuve, a preuve la situation
privilégiée que j’occupe en ce moment et qui me
permet de me reposer complètement des fatigues endurées.
Je te remercie de tout cœur de ta délicate pensée
qui t’a porté a faire plus fréquentes tes communions
afin de compenser celles dont je suis privé. Cela est bien
signe de toi et je suis sur Jésus agrée ton offrande.
Les grâces qu’il me prodigue en sont la meilleure preuve.
Pour l’Ame Française, il est probablement inutile d’insister
auprès de M. Lanzalavi mais par contre ne crains pas de
remuer Vincent. Je comprends que le difficile pour toi est surtout
de le rencontrer.
Tu verras par la lettre de Joseph Barral que je t’adresse que
l’affaire du Petit Régional prend une très bonne
tournure. Si nous pouvions arriver a acheter l’imprimerie de Eyriez,
ce serait un coup de maître qui nous ouvrirait de belles
perspectives pour notre action d’après guerre. S’il plaît
a Dieu que nous réussissions un jour a prendre le dessus
a Salon tu verras comment ceux qui se montrent aujourd’hui les
plus timides de nos amis se transformeront en les plus ardents
…Nous autres, il faut tacher de nous élever au dessus
de ces petitesses. C’est pour Dieu que nous voulons travailler
et si nous aspirons au succès c’est pour que toute la gloire
lui en revienne. La paix a tout de même l’air de s’amener.
L’on a été tellement déçu que l’on
n’ose plus espérer un dénouement rapide et cependant
les évènements se précipitent. Il est de
plus en plus vraisemblable que toutes les prévisions humaines
auront été déjouées au cours de cette
guerre. L’homme s’agite , Dieu le mène.
Rappelle-moi au bon souvenir de Mme Creisson. et de tout le personnel
féminin et masculin du bureau.
Tout à toi dans le cœur sacré de Jésus
et aux pieds de la très Sainte Vierge, je t’embrasse bien
tendrement, du fond du cœur.