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-41- + ce 1er décembre 1918
de papa et de maman du 27, celle de M. L. du 28 et deux autres
de M.M. Térat et Joseph Barral. Moi qui attendais que nous
soyons arrivés pour mettre ma correspondance à
jour !… Je suis complètement débordé
et je me demande comment je vais faire pour me remettre à
flot. Car nous sommes toujours dans la même ignorance de
ce que l’on doit faire de nous. C’est inconcevable ! Si la plupart
des hommes n’avaient pas perdu tout ressort moral, je me demande
si tant d’inertie les pousserait pas à la révolte.
Pourvu que nos gouvernants ne comptent pas trop sur cette apathie
et qu’à force de tirer sur la corde ils ne finissent pas
par la faire rompre. A certains moments je ne peux m’empêcher
d’envisager l’avenir avec crainte. Dieu veuille une fois encore
suppléer à tant d’insuffisance et d’inconscience
par les grâces de salut dont le besoin se fait de plus en
plus ressentir. Il semble bien qu’Il n’aurait pas permis la victoire
de notre Patrie si elle devait ensuite périr dans un bolchevisme
quelconque.
Quand on voit nos gouvernants faire si bien – volontairement ou
non – le jeu des socialistes les plus outranciers, on est heureux
de se rappeler les prédilections divines pour la France
afin de garder quand même confiance.
Ce que me dit Papa de la situation difficile faite au commerce
salonais confirme l’incapacité de nos gouvernants d’intervenir
utilement dans la réglementation du trafic commercial.
On veut protéger le consommateur de certains abus évidents,
on ne réussit qu’à rendre ces abus plus criant en
même temps qu’on désorganise le commerce. Il faut
donc réagir contre cette mainmise de l’état sur
toutes nos industries, sur notre commerce. Si l’initiative privée
ne reprend pas ses droits nous courons au gâchis. Le rôle
de l’Etat ait bien de défendre le consommateur contre toute
spéculation illicite. Mais il doit aussi susciter, soutenir,
encourager le commerçant honnête et les initiatives.
Jusqu’à maintenant il n’a rien trouvé de mieux pour
défendre le consommateur que de se substituer au commerçant
ou au producteur. Et lorsque la substitution est accomplie le
consommateur se trouve plus exploité que jamais. Cela constitue
un véritable danger social, il n’est que temps de le signaler
et de le combattre. Peut-être est-ce pour nous empêcher
de le faire qu’on se dispose à retarder le plus possible
notre démobilisation. Nous verrons bien dans quelque temps
quelles sont les intentions véritables de nos gouvernants.
Encore un peu de patience…
A demain et toujours en union de prières, je vous embrasse
tous bien tendrement, du fond du cœur.