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ce 12 décembre 1918

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-43- + ce 12 décembre 1918

Ma bien chère Marie-Louise,
J’ai reçu après-midi tes deux bonnes lettres
des 9, l’une d’elles renfermait la lettre de D. et bien que j’aie
à préparer encore ma causerie avec le Cercle d’Etudes
de demain au soir, je viens te dire immédiatement quelle
impression a produit sur moi cette lettre afin que tu puisses
écrire toi-même à cette bonne amie pour la
préparer à la réponse que je lui donnerai
d’ici quelques jours.
En vérité, je ne peux lui répondre favorablement
et tu dois comprendre pourquoi. Je sens que si je lui dis franchement
toute ma pensée, je vais encore augmenter sa peine et cependant
c’est ce que, en conscience, je serai obligé de faire.
Je ne puis me résoudre à me présenter chez
ses parents en quémandeur. Il ne tenait qu’à eux
de me connaître. Dès avant la guerre, autrement que
par des on dit. J’étais tout prêt à oublier
-uniquement à cause de D. – la démarche humiliante
qu’ils m’avaient imposée, mais pour ce qui est de me présenter
chez eux maintenant pour me faire connaître ou, autrement
dit, essayer de gagner leur confiance et leur estime, cela, je
te le répète, je ne m’y résoudrai jamais.

Quant à m’établir à Marseille, mon mariage
avec D serait encore la chose qui m’en détournerait le
plus, et tu sais que j’ai bien, d’autres excellentes raisons pour
rester à Salon. Je tiens, par-dessus tout, à y continuer
l’action déjà commencée et à profiter
des premiers résultats acquis pour la mener plus rapidement
et plus sûrement à bien. Plus tard, si les circonstances
se modifient, je changerai peut-être d’idée mais,
pour l’instant, mon intention est bien arrêtée.
Certes, si D. était devenue ma femme et que ses parents
aient eu besoin de son assistance, j’aurai été le
premier à l’envoyer à faire son devoir et Dieu m’aurait
donnée la force de faire le mien.
Mais les sentiments que D. manifeste à leur égard,
et particulièrement pour sa mère, sont d’une toute
autre mesure… Ils me paraissent de nature à empêcher
la complète union de nos deux cœurs. Prise entre le
devoir filial, tel qu’elle le comprend et son devoir conjugal,
D. souffrirait certainement et moi avec elle. Voilà, il
me semble, quelle est la vérité que je dois lui
faire connaître puisqu’elle a provoqué une franche
explication.
A te dire vrai la seule pensée de la peine que je vais
lui causer est ce qui me peine le plus. Je préférerais
beaucoup que tu lui écrives toi-même ou que tu ailles
la voir pour lui faire connaître mon sentiment. A quoi bon
continuer une correspondance qui ne peut aboutir qu’à nous
tourmenter mutuellement ?
J’attendrai donc ta réponse avant d’écrire la lettre
en question. Si tu te décidais à aller à
Marseille, prends avant de voir D. le conseil de Mme Julien.
Je ne crois pas que, connaissant les faits tels qu’ils se présentent,
elle me conseille une autre réponse que celle que je suis
décidé à faire.
Toi aussi, ma chère M. L., tu dois être bien peinée
de tout cela et il me tarde de savoir que tu approuves ma détermination.
A bientôt le plaisir de te lire et en étroite union
de prières, je t’embrasse bien affectueusement, de tout
mon cœur.

Raoul
Dès que tu auras d’autres nouvelles de Pierre Julien,
ne manque pas de me les communiquer. Il me tarde d’apprendre que
ce cher petit est entré en convalescence.

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