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-23- + ce 15 mai 1918
rien reçu de vous aujourd’hui, sauf cependant les Croix
que tu m’as réexpédiées. Puisque le prêtre
infirmier dans ma salle me les passe, il est inutile que tu continues.
Maintenant je viens causer un peu plus longuement avec toi d’une
chose qu’il est inutile que papa et maman connaissent pour le
moment.
Tu me disais dans une de tes dernières lettres que pour
Pentecôte tu espérais avoir des nouvelles de Albert
Baudouin par Denise Giraud. Cela m’a remis en mémoire ce
que tu m’avais dit à ma dernière permission des
intentions de cette Dlle et qui était en contradiction
avec ce que m’en avait dit autrefois Mlle Reynaud !
Aussi j’aimerais bien que tu puisses tirer cela au clair. Parfois
je me demande si je n’ai pas eu tord de renoncer si vite à
Mlle D.G. et si la volonté de Dieu à mon égard
ne serait pas dans cette union. Il est vrai que la démarche
qu’elle avait faite auprès de Mlle Reynaud était
bien faite pour m’enlever l’espoir que j’aurai pu garder. Tu te
souviens qu’elle avait prétendu avoir un bon mariage en
vue et que poussée par un scrupule compréhensible
elle avait taché de savoir par Mlle R. si de mon côté,
je pensais toujours à elle, ou bien, si j’avais quelque
idée ailleurs. Mlle R. lui a répondu qu’elle ne
me croyait pas « inconsolable » et que d’autre part elle
ne me savait pas fiancé ni en voie de l’être. Et
la conclusion de leur entretien fût que Mlle R. m’informerait
des nouvelles intentions de Denise et que lorsque l’occasion se
présenterait elle lui ferait connaître mon sentiment.
J’ai dit à Mlle R. que la réponse qu’elle avait
fournie était exacte et qu’elle pourrait la rapporter à
D. si l’occasion se présentait. Je ne crois pas que depuis,
cette occasion se soit présentée.
Après ce que tu m’a dit des confidences de D. à
Mme Julien, je me suis demandé si dans son entretien avec
Mlle R. elle n’avait pas plaidé le faux pour savoir le
vrai. Cela expliquerait la contradiction qui ressort apparemment
de son attitude.
Si donc tu as la possibilité de voir D. seule à
seule, demande-lui franchement une explication. Seulement je te
demande de ne pas mêler directement Mlle R. dans cette affaire.
Tu diras à D. que Mlle R. m’a fait sa commission et que
je te l’ai répétée ensuite. Comme d’un autre
côté Mme Julien t’a fait des révélations
qui paraissent être en opposition, tu crois devoir demander
à ton amie quelle est la vérité.
Quant à moi, ne m’engage pas pour le moment, j’ai besoin
de réfléchir et nous reparlerons ensemble de tout
cela lorsque j’irai en permission. Mais, justement pour réfléchir
sérieusement j’ai besoin d’être éclairé
sur les véritables sentiments de Mlle G. Par sa double
manœuvre elle m’a donné le droit de demander quelque
lumière avant de me prononcer.
Je te confie cela et mets aussi ce grand projet sous la protection
de la très Sainte Vierge. Prions-la pour que son intercession
m’obtienne du bon Dieu la grâce de connaître définitivement
sa volonté et la force de l’accomplir
Quant à ma santé, elle est toujours bonne. Ma guérison
s’annonce comme devant être rapide.
A demain et toujours en union de prières, je t’embrasse
bien tendrement de tout mon cœur.