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-39- + ce 16 novembre 1918
lettres des 12 et 13, celle de Maman du 12 et …enfin ! une
lettre de Mlle R. me donnant des bonnes nouvelles de l’Oeuvre.
J’avais bien raison de ne pas m’inquiéter. Je sentais bien
d’ailleurs que si ça n’avait pas marché Dieu n’aurait
pas permis que j’en éprouve nulle peine.
J’ai répondu à Maman après-midi et je viens
maintenant terminer ma soirée en causant quelques instants
avec toi. Je suis heureux d’apprendre que vous avez fêté
l’armistice par un jour de congé supplémentaire.
On ne saurait trop faire pour marquer l’ère nouvelle marquée
par la fin de la guerre. Après les réjouissances
légitimes il faudra maintenant penser à réaliser
les grands desseins de nos morts, c’est à dire faire une
France meilleure, plus chrétienne.
Ce sera l’œuvre de demain et nous y consacrerons toute notre
vie. Dieu ne nous l’a laissé que pour cela. Je pense comme
toi que la victoire nous permettra d’entreprendre ce travail dans
les meilleures conditions possibles. Peut-être arrivera-t-on
à conjurer le péril socialiste avant qu’une expérience
malheureuse en ait montré toute la gravité. Ce serait
une économie très appréciable ! Encore faudra-t-il
pour cela que la classe possédante se montre plus avisée
de ses vrais intérêts et des intérêts
du Pays qu’elle ne l’a été jusqu’ici. Prions beaucoup
pour que ce prochain avenir soit aussi beau que nous le rêvons
parfois. Cette glorieuse fin de guerre prouve une fois de plus
que Dieu a toujours l’intention de se servir de la France pour
réaliser ses desseins dans le Monde. Confiance donc ! plus
que jamais.
Je vois qu’à la Maison vous préparez activement
l’après-guerre puisque vous avez commencé mon trousseau.
Mais, contrairement à ce que tu supposes je n’en ris pas
du tout… c’est très sérieux cela et moins que
jamais je n’ai envie de mourir célibataire !… Est-ce
que je viens de mentir sans le vouloir ?… Je n’ai pas pu
m’empêcher de sourire en écrivant ces dernières
lignes… Parions que tu as ri aussi en les lisant !…
Inclus je te remets la lettre de Vincent reçue hier. Tu
y verras qu’il compte te voir prochainement pour faire quelque
chose au plus tôt en ce qui concerne « La Cité
nouvelle » (Je crois que ce titre est bien celui que nous
devons adopter). Personnellement tu le sais, je ne désire
qu’une chose, c’est que l’on commence dès que ce sera possible.
Sans engager trop l’avenir il n’est que sage de le préparer
et je tiens à me mettre immédiatement à la
besogne dès mon retour. Et même si l’on nous accorde
une plus longue permission comme il en est question, je voudrai
bien l’employer utilement sans avoir à aller travailler
chez qui que ce soit. Une bonne affaire pour nous serait je crois
de louer l’estive (et plus tard si elle y consentait une partie
de la maison) de Mme Gros. Au cas où elle persisterait
à ne rien vouloir entendre ne penses-tu pas que tu pourrais
en t’adressant directement à M. Joanès, l’amener
à composition ? Il me semble que c’est une question à
envisager dès maintenant de la façon la plus sérieuse.
Rien ne s’oppose plus à ce que nous correspondions régulièrement
et échangions nos idées et points de vue sur tout
ce qui nous intéresse. Le peu que nous pourrons faire par
ce moyen sera fait…
Au sujet du Patro je comprends très bien ton hésitation.
Non, vous ne changerez pas Melle Giniès. Mais ne pourriez-vous
lui faire accepter un programme et obtenir l’autorisation d’en
poursuivre la réalisation par tous les moyens que vous
jugeriez utiles ? Voilà où me paraît être
la solution en attendant que cette bonne Demoiselle se retire
de la vie… militante.
A demain, je l’espère le plaisir de te lire encore. En
union de prières toujours et tout à toi en Jésus,
je t’embrasse bien tendrement de tout mon cœur.
Capitaine xxx. Tout doucement, je vais me remettre à bouquiner
un peu. Je crois que ça ira.