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ce 2 octobre 1918

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-30- + ce 2 octobre 1918

Mon bien cher Papa,
Je n’ai rien reçu de vous aujourd’hui mais hier après
vous avoir écrit j’ai eu ta bonne lettre du 28 et celle
de Marie Louise le même jour.
Je suis maintenant presque reposé de ma fatigue, encore
une nuit et il n’y paraîtra plus. La compagnie est partie
en avant et cantonne à 6 km d’où je me trouve. On
m’a laissé avec 3 camarades pour garder les ponts que nous
avons construits sur la V… et depuis hier j’ai la satisfaction
de voir les camions se succéder sur nos ponts. Pour un
coup, nous avons fait un travail utile. Naturellement le poste
que l’on m’a confié est un filon et je ne serai pas fâché
que l’on nous oublie ici quelques jours.
Mais n’allons nous pas reprendre notre marche en avant…Les
événements se précipitent et aujourd’hui
encore les nouvelles sont excellentes. Si notre pression peut
se maintenir quelques semaines encore, il est bien possible que
les Bosches disent : sèbe !
En attendant, j’ai une grande nouvelle à vous annoncer.
Nous avons fait des prisonniers !… Hier en arrivant à
Trigug. où elle cantonne la compagnie les a trouvés
dans une cave où ils attendaient patiemment notre arrivée

Ils avaient déjà fait leur baluchon et s’estimaient
bien heureux que la guerre soit finie pour eux! Nous les avons
gardés dans une cagna à coté de la maison
et puis aujourd’hui nous les avons expédiés à
l’arrière.
L’adjudant nous a même photographié avec eux et si
le cliché est bon, je vous enverrai une épreuve.
Je suis heureux d’apprendre que Marcel est en perme. Qui sait
si ce ne sera pas la dernière. Maintenant cela paraît
possible.
Je ne crois pas que tu aies perdu la confiance de l’Oeuvre pour
les affiches…Si on ne t’a pas demandé celle de la
fête du Bataillon Saint Michel, c’est sans doute parce qu’on
n’a pas osé ou qu’on y a pensé trop tard. Ce brave
Vincent est toujours le même, lui aussi doit languir que
la guerre finisse…
J’ai oublie de te dire que c’est sur du papier boche que je t’écris.
Comment le trouves tu ? Si je pouvais me charger je pourrais d’ici
emporter pas mal de souvenirs mais j’en ai assez de traîner
ma misère.
Enfin on est quand même obligé d’avoir bon moral
en voyant ce qui se passe. Quel dommage que ma carcasse soit patraque,
elle est toujours en arrière d’où je voudrais la
voir. C’est ma croix. Je tâche de la porter avec Jésus
et pense aussi à tous ceux qui se réjouiraient d’être
à ma place. Union de prières toujours. Ecris-moi
un peu plus souvent et partage avec maman et Marie Louise les
meilleures et plus tendres caresses de ton fils affectionné.

Raoul

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