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ce 20 mai 1918

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-24- + ce 20 mai 1918

Mes bien chers Parents
J’ai été plus heureux aujourd’hui, la lettre
de maman du 15, celles de M.L. des 15 et 16me sont parvenus ainsi
que la paquet contenant une boite de crème de marron et
un saucisson.
Je suis heureux que maman soit enfin rassurée sur mon
compte. Ce n’est pas dommage. Pourtant un doute doit subsister
dans son esprit, elle ne peut se résoudre à me croire
parfaitement sincère et elle croit devoir terminer sa lettre
en me demandant pourquoi elle n’a reçu aucune carte du
docteur. Ma foi, j’avoue que je ne sais rien et que je n’ai même
pas l’intention de me renseigner. Il me semble que je suis à
même aussi bien que n’importe qui, de donner de mes nouvelles.
Si l’on ne me croit pas sincère, c’est bien simple, je
n’écrirai plus. Maman pourra alors se renseigner sur mon
état de santé auprès de Mr. Maubert, le chirurgien
qui m’a opéré ou de Mr. Fouque, le docteur qui passe
la visite 2 fois par jour dans la salle où je suis hospitalisé.
Si ces Messieurs en ont le temps, ils lui répondront peut
être…
Et tout ça, pour un ongle incarné !…Qu’est
ce que ça serait si j’étais un jour blessé
plus ou moins grièvement…Mais, je m’arrête,
car je finirai par me mettre en colère tout seul…
Je suis heureux que le refroidissement de maman n’ait pas eu
de suites. Ces lessives, ça entraîne toujours quelque
chose de fâcheux… Il faut s’en défier comme
des changements de saisons qui influent généralement
d’une façon déplorable sur notre santé physique
et les dispositions de notre humeur. Je conseille à maman
d’être très prudente la prochaine fois. Il est vrai
que si vous avez à Salon un temps aussi chaud que celui
qu’il fait ici, elle ne risquera plus beaucoup de se refroidir.
Quant à moi, ça va toujours très bien. Je
puis aller à la messe le matin, au salut le soir, l’aumônier
a fait un très beau sermon sur le sens à donner
à la fête de Pentecôte.
Marie-Louise me demande des nouvelles de l’infirmière
dont je vous avais parlé. Elle va mieux et elle conservera
son œil en très bon état. Quant à l’autre,
je crois qu’il est irrémédiablement compromis. Il
ne lui rendra jamais plus de grands services. C’est bien dommage
en effet. C’est une jeune Dame très gentille. Quant à
la cause réelle de l’accident, je ne crois pas qu’on ait
pu le déterminer. Certaines manipulations de produits pharmaceutiques
l’y auraient peut-être prédisposé, et puis
une goutte de pus a pu provoquer la maladie. Mais on ne sait rien
de sûr.
L’autre dame infirmière de ma salle est aussi très
gentille. Elle m’a même proposé de m’aider à
reprendre mon anglais, mais je n’ai pas eu encore le courage de
m’y remettre. Pourtant j’aimerais pouvoir causer avec mon petit
ami américain. Seulement, ce qui me retient c’est que je
n’aurais pas le temps d’apprendre ce que je voudrais savoir. Et
c’est là un très mauvais calcul, celui des paresseux
qui attendent toujours d’avoir le temps de travailler…et
ne font jamais rien ! Heureusement, j’ai une autre excuse plus
plausible, c’est que mes méninges avaient besoin de repos
et …je leur en donne !
J’espère que malgré l’absence de sa patronne M.L.
aura trouvée le temps de m’écrire un peu plus longuement.
En attendant et toujours en union de prières, je vous
embrasse tous bien tendrement, du fond du cœur.

Raoul

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