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-14- + ce 22 octobre 1917
proposé d’écrire ce soir, je suis maintenant tout
à toi pour quelques instants.
J’ai reçu encore ce soir une lettre d’Hubert, toujours
extrêmement pénible. Le pauvre petit est complètement
aveuglé par l’orgueil. Jamais encore je n’ai vu quelqu’un
quitter l’Œuvre dans d’aussi déplorables conditions.
Sa conduite et ses propos ne sauraient être trop blâmés
et cependant il faut le plaindre plus encore car il n’a pas encore
épuisé toutes les conséquences de ses fautes
!
Pour ma part, je ne lui réponds plus. Je me réserve
seulement de lui donner de vive voix lorsque j’irai en permission
toutes les explications et précisions qu’il désire.
Il n’aura rien perdu pour attendre.
Tu fais bien de ne rien répondre à sa mère
qui porte d’ailleurs une grande part de responsabilité.
Cependant il y a certaines accusations calomnieuses qu’il ne faut
pas lui laisser porter sans protester énergiquement. Dans
ce cas il ne suffit pas d’opposer un silence ou de prétexter
une ignorance qu’on ne manquerait pas d’interpréter comme
une approbation tacite. T dois comprendre malheureusement ce que
je veux te dire. Je compte donc sur toi pour remettre à
sa place Mme B. si elle se permet devant toi de dépasser
dans ses médisances la mesure que la charité et
la prudence conseillent ou permettent de lui accorder. Médire,
passe encore ; calomnier, on ne peut le permettre.
Je suis heureux d’apprendre que Mr l’Abbé est arrivé
et j’espère qu’il ne se ressent plus de l’indisposition
dont il me parlait dans sa dernière carte. Sa présence
à l’OEuvre et celle de Maurice auront certainement les
meilleurs résultats et puis ce sera surtout pour Mlle et
Vincent, qui doivent être bien éprouvés, un
précieux réconfort.
Quant au Patronage, puisque Mlle Giniés, directrice responsable,
persiste à vouloir n’en faire qu’une réunion de
jeunes filles « comme il faut » doublée
d’une simple garderie, il n’y a qu’à s’incliner. Continue
d’y aller comme y vont les autres jeunes filles, pour écouter
les causeries sans doute toujours très intéressantes
de Mr. le Curé. Ne parle plus d’apostolat mais penses-y
toujours et prépare-toi en te soignant et par l’étude
à l’action que tu seras certainement appelée a exercer
le jour où Mlle Giniés aura réussi à
faire le vide autour d’elle. Ce jour arrivera d’autant plus vite
que vous n’essayerez pas, malgré elle, de faire un travail
sérieux de formation religieuse et morale.
une bonne santé ! Après la guerre le travail ne
manquera pas, si ce n’est pas à l’OEuvre se sera ailleurs.
Pour toutes les œuvres religieuses il faut marcher d’accord
avec l’autorité et mieux vaut s’abstenir que d’agir contre,
à côté ou en dehors. Mais à côté
de ces œuvres auxquelles nous devons pourtant réserver
en premier lieu notre activité, il nous reste toujours
lorsque on ne veut pas de notre concours, l’apostolat par l’exemple
et les œuvres sociales ou, Dieu merci, notre action peut
s’exercer encore d’une manière très utile.
Mystère des Béatitudes. C’est très bien.
Ce dernier livre est en effet susceptible d’exercer une très
bonne influence chez les âmes trop attachées à
l’argent. Et combien peu sont réellement pauvre d’esprit
! L’Abbé Naïm est un abbé comme les aimerait
Charles Gautier. Je me suis rappelé une vieille conversation
à ce sujet. Quant il aura lu le Fils de l’Esprit, fais
le lui passer.
Ce soir j’ai commencé « Les Jours » du P. Graty.
Ça me plaît et j’espère surtout que ça
me fera du bien.
Veux-tu, je te prie, m’envoyer 1 F. en timbres-poste. Merci d’avance.
A demain et toujours en union de prières, reçois,
ma bien chère petite sœur les plus tendres caresses
de ton frère affectionné.