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-19- + ce 23 janvier 1918
du 19 et ta carte du 20.
Je comprends que Marcel ne soit pas reparti bien volontiers,
sa situation nouvelle de père de famille n’est que trop
faite pour lui rendre la séparation plus pénible
et quand l’épreuve a duré plus de 3 ans on ne peut
s’étonner de voir ceux qui en ont supporté tout
le poids, ressentir malgré toute leur vaillance, une triste
lassitude.
C’est à eux que je pensais, Marcel, Basile, Daniel, Mathieu
Aymard et tant d’autres, quand j’écrivais l’article qui
paraîtra dans le N° de l’Echo de ce mois. Je voudrais
que ces quelques lignes que leur dévouement admirable entre
tous m’a inspirées leur apportent un peu de consolation
et d’espoir.
D’ailleurs il semble bien que le mouvement vers la paix s’accentue…Le
retard de l’offensive allemande tant annoncée pourrait
bien trahir la difficulté qu’éprouvent les pangermanistes
à entraîner le peuple à la poursuite de cette
victoire militaire à laquelle leur fol orgueil et leur
intérêt de caste les empêchent de renoncer.
Quant à l’Autriche, c’est de plus en plus qu’elle affirme
son désir pressant de paix basé sur d’irrésistibles
besoins. Il y a dans cette divergence de vues entre Vienne et
Berlin, une invitation à manœuvre diplomatique que
les hommes d’Etat de l’Entente voudront peut être tenter.
Et alors ce pourrait être la paix bientôt…Espérons
et prions, ce devrait être le mot de passe, de tous les
bons catholiques.
Je reviens à ta lettre. Je n’ai pas reçu celle
où tu me demandais quel emploi faire du montant de la vente
des almanachs, mais je t’ai écrit quand même à
ce sujet et j’espère que ma lettre à moi te sera
parvenue.
Pour le Patronage, tu fais très bien d’y renoncer pour
le moment, puisque aussi bien la peine que tu te donnais risquerait
de demeurer infructueuse en même temps que d’altérer
ta santé. Après la guerre, tu verras ce qu’il convient
de faire.
J’ai reçu aujourd’hui le 1° des « Lettres à
un soldat » dans lequel est publié le petit article
que m’avait demandé Georges Hoog. Comme je pense que tu
le liras volontiers, je t’envoie le n° en question en même
temps que quelques autres brochures et découpures de journaux
à conserver.
Oui, Gravigny avait demandé à plusieurs reprises
à partir dans l’aviation. Ses désirs ont été
exaucés alors qu’il n’y comptait presque plus. Le voilà
tranquille pour 3 ou 4 mois ou a peu près. Mais il faut
compter aussi avec les accidents toujours possibles. J’aimerais
beaucoup moi aussi entrer dans l’aviation, il me semble que cela
conviendrait parfaitement à mes goûts et aptitudes,
mais puisque je m’en suis fait une règle, je continue à
ne rien demander. Ma situation actuelle me laisse tout le temps
qui m’est utile pour m’occuper un peu de l’œuvre et j’estime
que ce n’est pas la plus mauvaise façon de servir la France.
Toutefois, si le Commandant cherchait encore à me contraindre
à un travail qu’en conscience je me sentirais incapable
d’accomplir, je pourrais changer d’idée. Mais, rien ne
fait prévoir cela pour le moment.
Pourrais-tu chercher dans les N° de la Revue « Les Conférences
de la Bonne Presse » que j’ai à la maison celui qui
donne la table analytique des sujets ou conférences publiées
par la dite Revue. Ce sont des fascicules d’une trentaine de
pages couverture de couleur rose.
Non, je ne pense pas être en permission avant 2 mois. Je
devrai attendre que le caporal qui est maintenant avec moi au
bureau soit rentré et cela me mènera au 10/15 mars.
Ne languis donc pas trop.
A demain donc. Toujours en union de prières, je t’embrasse
bien tendrement, du fond du cœur.