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-11- + ce 25 juillet 1917
que le chapelet pour lequel je te remercie.
J’espère qu’Hélène ne sera pas encore repartie
lorsque cette lettre arrivera, je lui confie donc mille choses
affectueuses pour elle et lui renouvelle mon vif regret de n’avoir
pu la revoir lors de ma dernière permission. Ce sera pour
la prochaine fois si Dieu le veut. Il ne faut plus faire de projets
à l’avance, de cette façon on est moins sensible
aux déceptions.
Son brave et cher Louis m’a écrit encore l’autre jour
et je me propose de lui répondre incessamment. Il est maintenant
dans une unité combattante aussi je penserai plus particulièrement
à lui dans mes prières et demanderai au bon Dieu
de le garder sain et sauf à sa gentille fiancée.
Je suppose que vous aurez reçu de mes nouvelles plutôt
que vous ne l’espériez car je vous ai écrit dès
mon arrivée sur le front et j’ai fait tout mon possible
pour que ma carte-lettre parte sans retard. Vous pouvez être
rassurés sur mon compte, je n’ai pas le cafard et suis
plus tranquille ici qu’au repos. Je passe presque tout mon temps
à lire et à écrire. Il me semble même
que c’est trop beau pour durer. Enfin, la volonté de Dieu,
toujours.
Les Anglais paraissent vouloir jouer une grosse partie sans attendre
les Américains. S’ils réussissaient la fin de la
guerre pourrait être proche. Dès maintenant il faut
s’attendre à tout nous sommes en plein dans la période
définitive où il faut à tout prix aboutir.
Elle peut être de quelques semaines comme de plusieurs mois…Dieu
seul le sait. En tout cas c’est le moment de prier avec plus de
ferveur et de persévérance que jamais.
Comme je te l’ai dit hier soir je suis allé à la
recherche de la tombe du regretté abbé Avril et
j’ai eu le bonheur de la trouver. Je l’ai d’abord cherchée
plus loin qu’elle n’était, puis j’y suis arrivé.
Elle est située sur la route qui va de mon cantonnement
à Vs/T., toute nue avec une simple croix. Je ferai remplacer
cette crois par une plus grande sur laquelle je fixerai aussi
une plaque en cuivre que je ferai graver par le graveur que nous
avons à la compagnie. Ainsi plus tard, si elle la recherche,
sa famille trouvera plus facilement cette tombe.
Je n’essayerai pas de dire avec quelle pieuse émotion
je me suis approché de ce coin de terre où repose
un de nos chers défunts. Naturellement en priant sur sa
tombe j’ai pensé aussi à nos autres chers amis que
je ne reverrai plus ici bas. Dieu fasse que je puisse au moins
les rejoindre un jour dans le ciel ! Je retournerai à Vs/T.
avec un de mes amis possédant un appareil pour faire photographier
la tombe et comme je l’ai promis, j’enverrai 1 ou 2 épreuves
à sa famille.
J’espère qu’Hélène aura bien profité
de son congé et que vous aurez passé ensemble quelques
belles et bonnes journées, bien gaies surtout. C’est maintenant
à toi, chère petite sœur, il faut demander
sans tarder tes vacances et aller te reposer moralement et physiquement
à Mallemort. Mr Aubert sera certainement très heureux
de t’accorder le congé que tu lui demanderas car il ne
doit pas être le dernier à s’apercevoir que tu en
as grand besoin.
J’ai été bavard ce soir. Je ne pourrai aller à
la messe de quelques jours car l’Aumonier qui nous la disait est
parti hier en permission exceptionnelle, il a perdu son père.
A demain et toujours en union de prières, je t’embrasse
bien tendrement, du fond du cœur, ainsi que papa et maman
et Hélène.