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-17- + ce 29 octobre 1917
du 26. Il n’est pas possible que je sois resté 10 jours
sans t’écrire, sûrement au moins une ou deux de mes
lettres se sont égarées. J’en suis navré
et te demande pardon pour la peine que je t’ai causée bien
involontairement cependant.
J’espère que tu as maintenant reçu mes dernières
lettres et que tu es tranquillisée mais quoiqu’il arrive,
je t’en supplie, ne doute jamais de ma profonde affection, c’est
toi que j’aime le plus au monde. Puisque tu le désires,
je tacherai de t’écrire plus souvent au Bureau, mais je
ne voudrai pas pourtant mécontenter papa et maman.
Et puis dans une dizaine de jours je serai là-bas et ça
vaudra encore mieux que les meilleures et les plus longues lettres.
C’est aujourd’hui notre deuxième jour de retraite ; on
nous a prêché sur la mort et je t’assure que l’on
est beaucoup moins impressionné ici que ce qu’on l’était
avant la guerre par les considérations multiples qu’on
a l’habitude de tirer de la pensée de notre fin dernière.
C’est si souvent qu’on a l’occasion de méditer sur la fragilité
de la vie et l’inconsistance de tant de projets, de désirs,
et même d’affections dans lesquelles on se complaît
cependant malgré tout. Dieu veuille que ce temps d’épreuves
qu’est la guerre pour nos âmes leur soit profitable ; qu’au
contact prolongé de la mort nous apprenions à mieux
connaître la valeur de la vie, à l’aimer seulement
dans la mesure où elle peut être utile au salut de
nos âmes. Alors, si nous survivons à l’épreuve,
nous serons prêts pour les autres luttes qui nous attendent
après la guerre. Il nous faudrait être des saints
pour mener à bien l’œuvre immense des réfections
nécessaires et hélas ! que nous sommes loin encore
de la sainteté. Ayons surtout le désir ardent et
sincère de nous en approcher chaque jour davantage. C’est
heureusement l’unique nécessaire.
L’aumônier du 85 étant allé en permission
j’ai été privé pendant quelques jours de
la communion, mais j’ai pu recommencer ce matin de m’approcher
de Jésus et j’espérai que rien ne s’opposera à
ce que je puisse continuer jusqu’à mon prochain départ.
La pluie a cependant l’air de vouloir nous quitter quelques jours.
Dès que les routes seront plus praticables je partirai
à la recherche d’Edouard Imbert et j’aurai ainsi le plaisir
de porter aux siens des nouvelles fraîches.
Je t’ai dit déjà que je faisais mes délices
de la lecture des » Sources » du Père Gratry
ainsi que de ses Souvenirs de jeunesse. C’est admirable. Dieu
est bon de produire de temps à autre de tels hommes dont
toute la vie est une force et une lumière pour ceux qui
veulent marcher dans les voies de la perfection chrétienne.
Malheureusement nous ne profitons pas suffisamment de ces forces
et de ces lumières, nous ne connaissons que très
imparfaitement nos saints, nos hommes de talent et c’est certainement
une des raisons qui expliquent le peu de progrès que nous
faisons dans la vertu. Vois-tu, pour mon compte, je comprends
de mieux en mieux qu’on ne peut donner aux âmes une formation
vraiment chrétienne que si on la base sur une étude
approfondie de la religion et de l’Histoire de l’Eglise. Ca paraît
presque une Lapalissade et pourtant ça n’en est point une
car l’ignorance religieuse chez les catholiques (ou plutôt
chez un trop grand nombre de catholiques) est indéniable.
De cette constatation il y a des conséquences pratiques
à tirer pour la réorganisation de nos Œuvres
après la guerre. Nous en recauserons un autre jour.
A demain. Toujours en union de prières et tout à
toi dans les cœurs sacrés de Jésus et de Marie,
je t’embrasse bien tendrement et bien fort à la fois, comme
je t’aime