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-20- + ce 5 avril 1918
profiter pour répondre à tes deux dernières
reçues hier.
J’ai été très heureux de te lire aussi longuement
et voudrais bien que tu me procures souvent le même plaisir,
mais comme je sais que lorsque tu es brève c’est par nécessité
je n’insiste pas autrement.
Tu as passé comme moi d’excellentes fêtes de Pâques.
Dieu est bon et au jour qui marque la résurrection glorieuse
de son Fils bien aimé, Il a voulu que nos cœurs se
puissent unir dans une joie toute chrétienne tous saurons
lui en rendre grâces et continuerons de le prier avec ferveur
pour qu’Il fasse bientôt se lever pour la France l’aube
de la résurrection. En attendant, la bataille a repris
avec une extrême violence sur le front de la Somme et nous
en attendons anxieusement les résultats. Naturellement
pour peu que les combats engagés se prolongent nous serons
appelés à y participer. C’est un nouveau Verdun
qui a commencé et comme pour l’autre il est probable que
tout le monde (j’entends les combattants !) y passera. Cela importe
peu d’ailleurs, l’essentiel est que cette fois nous emportions
la décision et que finisse cette effroyable tourmente.
A lire les extraits des journaux boches qu’on nous communique
on se rend compte que la mentalité de ces gens là
n’a pas changé. Devant leurs premiers succès ils
se retrouvent tels qu’ils ont toujours été, plein
d’orgueil, de convoitise et animés d’un violent désir
de nous faire payer cher leurs victoires trop tôt célébrées.
Espérons que nous n’en arriverons jamais là. Si
nous ne méritons pas de pouvoir leur imposer « notre
paix », qui serait pourtant en toute occurrence plus juste
que la leur, Dieu permettra encore moins qu’ils puissent nous
faire subie la leur, paix d’infamie et de honte, à la Russe
ou à la Roumaine ! Non, cela ne sera pas. Comme tu le dis,
la France a dans le Ciel une Armée de saints et de martyrs
dont l’action peut être décisive. Et puis, son armée
d’ici bas qui force une fois encore l’admiration du monde prouve
combien dans les tréfonds de son âme elle est demeurée
capable de générosité, de sacrifice, d’abnégation,
chrétienne par conséquent et digne toujours de la
miséricorde Divine. A travers tant d’angoisses, de tristesses
et d’épreuves indicibles nous avons quand même de
puissantes raisons de garder toute notre confiance dans l’avenir
et de continuer d’espérer dans la prière.
Ce que tu me dis de la façon dont les quelques jeunes
gens qui ont quitté l’Oeuvre ont fait leurs Pâques
m’est évidemment très agréable. Peut être
un jour sera-t-il de faire brûler de nouveau d’une flamme
ardente ces « mèches qui fument encore « .
N’oublie pas de redire à Maurice Imbert que je serais
très heureux d’échanger une correspondance avec
lui dès qu’il en aura les loisirs. De même rappelle-moi
au souvenir de Charles Vidal et dis-lui que j’attends qu’il me
fasse savoir les résultats de son, examen.
Et Albert ? As-tu reçue de ses nouvelles depuis mon départ
?
Ici, rien de nouveau, nous sommes toujours bien tranquilles pour
le moment et attendons patiemment notre tour.
J’ai recueilli 5 abonnements pour l’Ame Française et vais
les envoyer avec mon abonnement. Je leur confirmerai en même
temps ma dernière lettre à laquelle je suppose qu’ils
n’ont pas encore répondu. Le déplacement de Mr.
Fabre m’est assez indifférent !
A demain et toujours en union de prières partage avec
maman et papa mes plus tendres et plus affectueuses caresses.