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ce 8 avril 1918

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-21- + ce 8 avril 1918

Ma bien chère Marie-Louise
N’ayant rien reçu de vous aujourd’hui, je vies répondre
à ta lettre reçue hier. Seulement malgré
le violent effort que je fais pour me décider à
écrire, je me demande ce que je vais bien pouvoir te dire…Je
me reconnais plus. Auparavant c’était un plaisir pour moi
d’écrire et maintenant, ça devient un supplice !..J’exagère
un peu naturellement, mais je commence tout de même à
me faire du mauvais sang, de me sentir devenir « gâteux
« …Je suis de plus en plus incapable de m’astreindre
à un travail sérieux et suivi. Vermesson est comme
moi et nous nous consolons mutuellement de notre mieux. Presque
tous les jours nous allons ensemble à V…chercher les
journaux. C’est à peine si la pluie nous arrête.
Aujourd’hui je me suis fait arracher une 2ième dent gâtée.
Je vais pouvoir manger à mon aise, ça ne sera pas
malheureux.
Enfin, malgré tout, je ne m’en fais pas trop et espère
que si je reviens de la guerre quelques mois de vie civile auront
raison de mon gâtisme. A ce point de vue l’expérience
de ma dernière permission a été très
consolante. Déjà, je me sentais revivre. Hélas
!.ça n’a point duré, il n’y a que la guerre qui
continue. Pour te donner une idée de mon état sache
que je vais terminer une soirée en lisant un roman de la
Bonne Presse que je viens d’emprunter à notre bibliothèque.
Il est intitulé « Tante Guilte « . Demain, j’aurai
peut être un peu plus de courage pour écrire !…
En attendant et toujours en union de prières, partage avec
maman et papa mes plus affectueuses caresses.
Ton frangin gâteux.

Raoul

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