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ce 9 janvier 1918

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-18- + ce 9 janvier 1918

Ma bien chère Marie-Louise,
Les courriers nous parviennent maintenant plus régulièrement.
J’ai reçu après-midi ta bonne lettre du 3.
Tu trouveras la lettre de Barral parmi celles que je t’ai envoyées
hier. Il faut attendre avant de reparler du Petit Régional
de savoir ce que Mr. Julien compte faire.
Ce que je pense de la fin de la guerre? Ma foi, il est difficile
de penser quelque chose. Pourtant le dernier discours de Lloyd
Georges marque une évolution sensible dans la voie des
négociations. On s’affirme prêt à la discussion
sur des bases précises alors qu’autrefois on ne voulait
pas discuter avec les boches mais seulement les écraser
et leur imposer ensuite notre paix…Finalement lorsque l’heure
des négociations viendra c’est sur les données fixées
par le Pape que la discussion s’engagera. Cela, je le pensais
au moment où Benoit XV a lancé sa note aux belligérants
et je le pense aujourd’hui plus que jamais.
Là ou il devient plus difficile d’avoir une opinion fondée
c’est quand il s’agit de déterminer le temps probable où
s’ouvriront les pourparlers de paix. Peut-être en sommes-nous
très près. Tout dépend à mon humble
avis de la situation intérieure en Allemagne. Le peuple
souffre énormément ; c’est certain. Un de mes adjudants
qui a eu ses parents délivrés par les Anglais dans
leur offensive sur Cambrai et qui est allé les voir ensuite
nous a rapporté des détails intéressants
sur la disette des Boches. Tel soldat, par exemple, envoyait chez
lui 4 pommes de terre dans un colis. Tel autre, trouvant un petit
sac de blé, broyait les grains dans un moulin à
café et envoyait ensuite la farine grossière obtenue
dans sa famille. Il est donc certain que malgré le rationnement
la pénurie de vivres se fait cruellement sentir. Mais cela
n’empêche pas que même à l’époque où
se passaient ces faits le moral des civils et des soldats était
encore excellent. Ils demeurent convaincus de leur supériorité
militaire. Les événements d’Italie et de Russie
sont venus très opportunément les confirmer dans
ce sentiment, et ils attendent avec confiance la victoire décisive
sur l’Entente.
Cependant de nouvelles restrictions rendues plus dures à
supporter par les rigueurs de l’hiver et la perspective de l’entrée
en guerre de l’Amérique peuvent arriver à modifier
les sentiments du peuple. Et alors, si cela se produit, il me
semble que c’est durant les durs mois d’hiver qu’on aboutira à
des propositions sérieuses de paix. Sinon, nous pourrions
bien attendre l’hiver prochain car il devient de plus en plus
difficile d’escompter une victoire complète par les armes.
Et puis, au dessus de ses pauvres prévisions humaines il
y a Dieu, vers qui les peuples finiront peut être par se
retourner afin d’obtenir par leur contrition et leur prières
la grande grâce de la paix. Voilà ce que, pour notre
part nous ne devons pas oublier, ni cesser de redire à
tous ceux qui persistent à ne pas voir et à ne point
comprendre.
La grande rigueur de cet hiver par les misères et les
souffrances nouvelles qu’elle va engendrer aura peut être
ce résultat de forcer enfin les hommes de s’adresser à
Celui qui commande au vent, au froid et à la tempête.
Le temps est ici épouvantablement mauvais, il gèle
à pierre fendre, le vent balaie la neige avec violence
et rend le froid encore plus sensible à ceux qui sont appelés
à marcher. Dans nos baraques, avec du feu, nous pouvons
résister, mais l’on ne peut penser sans frémir aux
pauvres fantassins qui par une nuit pareille montent la garde
aux créneaux. Oh, que Dieu aie pitié d’eux, de notre
chère France et de nous tous. Ne nous lassons pas de le
lui demander :  » la prière qui souffre est sûre
d’obtenir « .
Malgré les intempéries et la froidure je vais toujours
très bien. Je n’ai eu encore qu’un petit rhume qui n’a
pas eu de suites.
Ici, nous n’avons plus de prêtre avec nous, s’il faisait
meilleur j’irai bien à la messe à G. qui n’est qu’à
1 km., mais le temps est vraiment trop mauvais.
A demain et toujours en union de prières partage avec
maman et papa mes meilleures et plus tendres caresses.

Raoul
Il doit faire froid aussi à Salon. Avez-vous au moins
assez de charbon ? Je ne puis me poser cette question sans ressentir
une vive inquiétude. Dis-moi la vérité.

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