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ce 9 novembre 1918

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-35- + ce 9 novembre 1918

Ma bien chère Marie-Louise,
Après avoir adressé quelques mots à la
maison, je trouve enfin le temps de répondre à tes
bonnes et longues lettres des 2 et 4 oct. Tu ne doutes certainement
pas de la joie que m’ont causée ces lettres et du plaisir
que j’éprouve encore à venir reprendre une conversation
si intéressante. Les projets d’après-guerre ne paraissent
plus chimériques maintenant et il n’est que sage de s’en
occuper.
Pour ce qui concerne D. il n’y a qu’à attendre puisque
elle même s’est donnée jusqu’au 8 décembre
pour prendre une décision . Pas plus que toi, je ne serais
étonné que ma voie soit de ce coté. Mais
comme je voudrais que Dieu me manifeste clairement sa volonté.
Où et quelle qu’elle que soit, je suis bien disposé
à la faire. Je prie toujours à cette intention mais
pas assez et trop mal peut-être… Heureusement que tu
pries aussi et que j’ai encore le secours de plusieurs âmes
dignes d’être entendues de Dieu et exaucées.
Quant au commerce, le marasme actuel des affaires ne se prête
guère à un début. Mais il est très
possible qu’une fois l’armistice signé la question des
transports tendra à une solution de plus en plus favorable
à la reprise des affaires. Il ne saurait en être
autrement. Ace moment là, je crois que nous devrons nous
y mettre sans attendre mon retour définitif qui peut être
encore éloigné. D’ici là, j’irai probablement
en permission (fin décembre ou commencement janvier) et
nous verrons ce qu’il nous est possible de faire pratiquement.
Ce que tu me dis des bonnes dispositions de M. Julien à
mon égard me réjouit mais ne me surprend pas. Tu
sais que j’y comptais un peu. Si tu le veux, à ma prochaine
permission, nous irons ensemble à Marseille et tâcherons
de régler cette question.
Joseph Barral m’a fait savoir la bonne tournure que prenaient
ses démarches relatives à l’acquisition de l’imprimerie
et à la reprise du journal. Ce Lucien Oriol est en effet
un excellent camarade plein de bonnes qualités. Malheureusement
René Lemaire m’apprenait hier que nous ne pourrions compter
sur une longue collaboration de sa part, sa santé étant
irrémédiablement compromise (tuberculose).
Ce doit être aussi pour cela que Lucien Oriol cherche à
s’établir dans le midi et on peut quand même espérer
que notre climat lui permettrait de rétablir sa santé.
Reste à savoir maintenant s’il acceptera définitivement
de venir s’y fixer.
J’attends encore la lettre que Pierre m’écrivait pendant
que maman allait te voir. Je l’aurais pourtant lu bien volontiers
mais de ce côté il n’y a décidément
rien à espérer. Il est vrai qu’il me donne assez
de joie par sa détermination.
Tant mieux qu’à lOœuvre tout marche bien. Les nouvelles
que tu m’en donnes sont les seules que j’ai reçu depuis
longtemps. On doit m’y oublier complètement mais, chose
curieuse, je ne suis nullement inquiet à ce sujet ; j’ai
le sentiment que ça marche. Dieu veuille que cette sécurité
ne soit pas trompeuse et ne me réserve aucune désillusion.
D’ailleurs puisque Vincent va mieux, je pense qu’il ne tardera
plus beaucoup à m’écrire.
Il y a quelque temps que je n’ai rien reçu de Melle Armand
; je crains qu’elle soit fatiguée.
L’impression de tristesse que tu as rapportée de ta visite
au Patro s’explique mais je ne crois pas qu tu aies quelque chose
à te reprocher. Ta santé exigeait absolument le
repos que tu as pris. Maintenant il est évident que la
politique du pire ne vaut pas plus pour les œuvres que pour
les nations. Je ne la préconise pas. Nous devons notre
concours à toutes les œuvres religieuses chaque fois
qu’on y fait appel. Mais, d’un autre côté, on ne
peut pas décemment nous demander de collaborer à
une œuvre de formation religieuse si l’on émet à
tout propos et surtout hors de tout propos, les doutes les plus
désobligeants sur la pureté de notre foi. Il ne
faut pas craindre de s’expliquer clairement là-dessus.
Lorsque tu jugeras le moment venu de te remettre au Patro, tu
n’auras qu’à aller trouver Mlle G. et lui dire dans quelles
conditions tu estimes possible ton retour. Si tu pouvais t’entendre
avec Melles Jaubert et Christophe et établir avec elles
un programme d’action, une démarche collective serait préférable.
C’est une indication que je te donne seulement.

A toi de voir ce qu’il t’est possible de faire. Je crois que
tu as très bien fait de souscrire à l’emprunt, mais…
te voilà capitaliste et rentière… !
Ne crains pas de m’écrire très longuement chaque
fois que cela sera possible. C’est ma plus grande joie. Tout à
toi en Jésus, je t’embrasse bien tendrement de tout mon
cœur.

Raoul

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