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ce 9 octobre 1917

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-13- + ce 9 octobre 1917

Ma bien chère Marie-Louise,
Je viens d’adresser quelques mots à la maison et je
vais maintenant tâcher de répondre un peu plus longuement
à ta bonne mais courte lettre du 4, reçue seulement
après-midi.
Tu me reproches la brièveté de mes lettres, tu
sais bien que je pourrais te retourner ce reproche, mais je t’assure
que je n’ai jamais eu l’intention d’user de représailles.
Seulement voilà, les jours se suivent et se ressemblent
et l’on se lasse de redire toujours les mêmes choses…
De peur de l’oublier je commence par te dire de ne pas m’adresser
de papier, j’ai trouvé à en acheter ce soir à
bon compte et j’en ai maintenant une bonne provision. Donc, des
enveloppes seulement, s.v.p.
Tu es bien heureuse de pouvoir faire une bonne retraite et je
t’envie car j’en aurais moi-même grand besoin.
Georges Hoog a bien voulu m’envoyer gracieusement 4 volumes pour
notre bibliothèque: L’Histoire d’une Conversion, Le Mystère
des Béatitudes, Le Mariage du Dr Ducros et la vie de Henry
du Roure. Naturellement je me suis empressé de lire ce
dernier livre et je ne saurais te dire à quel point il
m’a ému et même bouleversé. Oh, l’admirable
vie et comme je comprends maintenant d’où venait le merveilleux
rayonnement de cette âme d’élite. C’est toute la
beauté de notre Idéal chrétien et démocratique
qu’elle reflétait et avec quel éclat !
A mesure que je lisais les pages sublimes que Léonard
Constant a consacré à la mémoire d’Henry
du Roure et que je pénétrais davantage dans l’intimité
de cette vie toute entière versée à la plus
belle des causes je me sentais de plus en plus loin d’une si haute
perfection. C’est là pourtant qu’il faudrait aspirer, il
n’y a qu’une manière de se donner à Dieu :c’est
de renoncer absolument à sa volonté pour ne faire
que celle de Dieu . Du Roure y avait parfaitement réussi
et c’est justement à cette perfection à laquelle
avait abouti ses efforts qui me semble de plus en plus inaccessible.
Mais, ce n’est pas du découragement qui doit rester de
ce contact avec une vie pleinement remplie par l’amour du Christ
et de la France. Au contraire. Si l’Idéal que je porte
dans mon cœur me paraît être infiniment au-dessus
de ma misérable nature, tant mieux. Ainsi je ne serai point
tenté comme cela m’arrive trop souvent, de m’attribuer
quelque mérite et quelque part dans le bien qu’il m’arrivera
de réaliser. Quel suprême bonheur si j’arrivais a
ne plus être qu’un instrument docile de la grâce Divine.
Qu’elle est belle la véritable humilité du cœur,
qui n’est pas seulement extérieure mais surtout intime,
profonde et cachée. Si pour y arriver, il faut que l’on
prenne d’abord conscience de tout ce qu’il y a de misérable,
de bas, et de faiblesse dans la nature humaine, peut être
suis-je sur le bon chemin. Prie toujours beaucoup ma chère
petite sœur, pour que je parvienne à ne pas être
un trop indigne serviteur de Jésus. Tu ne t’en doutes peut
être pas, mais je crois bien que tes prières sont
ma meilleure force et que je te dois la plupart des grâces
que le bon Dieu me prodigue et que je sais trop bien ne pas mériter.
Et, chose incompréhensible, souvent il m’arrive encore
de n’être pas satisfait. Au lieu de ne penser qu’à
me donner, je demande d’autre grâces, d’autres bienfaits
comme si la mesure n’était pas déjà comble
!
Tu vois par toutes ces considérations quelle sérieuse
méditation m’a fourni la vie de Henry du Roure. Dieu veuille
que le bénéfice des résolutions qu’elle m’a
suggérées demeure acquise à mon âme.
Restons toujours tendrement unis dans les cœurs sacrés
de Jésus et de Marie et reçois de ton frère
qui t’aime bien ses plus tendres et plus affectueuses caresses.

Raoul

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