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-31- + ce 9 octobre 1918
des « 3 – 4 – et 5. et j’aurais voulu y répondre hier
soir mais je suis rentrée plus tard que je ne l’avais prévu
et j’ai dû renvoyer à ce matin. Comme je vais aller
porter moi-même cette carte à la poste du secteur,
vous l’aurez tout aussitôt.
Savez vous que je ne suis plus momentanément qu’un vulgaire
embusqué du front ! On m’a envoyé avant-hier soir
remplacer un permissionnaire au convoi de ravitaillement de la
compagnie. Nous sommes cantonnés très à l’arrière
et tout mon travail consiste à convoyer chaque jour le
fourgon de vivres jusqu’à la compagnie, 4 ou 5 heures de
voiture. C’est le filon des filons !… Si je passe quelques
jours ici j’en profiterai pour bien me reposer de mes fatigues.
D’ailleurs après deux nuits de bon sommeil je suis déjà
complètement retapé et ma santé est très
bonne.
Les Boches opposent maintenant une résistance énergique
et veulent coût que coûte nous empêcher de progresser
au-delà de la S…Nous allons probablement marquer le
pas en attendant que par la manœuvre, les ailes les contraignent
au repli. La Compagnie a été ramenée à
l’arrière et je ne crois pas qu’elle ait à fournir
un gros effort avant quelques temps. Mais elle a fait du bon
travail et est proposée pour une citation. Si on nous l’accorde
ce sera la deuxième et à la troisième nous
aurons la Fourragère !… à moins que la paix
ne vienne avant ce qui serait infiniment préférable.
J’ai reçu hier aussi ce qui restait du colis raisin que
vous avez eu la folie de m’envoyer. J’ai pu y goûter et
ils étaient délicieux mais les ¾ ont été
perdus. Il ne faut pas recommencer, surtout en ce moment, le vaguemestre
finirait par la trouver mauvaise. Cela ne m’empêche pas
évidemment de vous savoir gré de la bonne surprise
que vous avez voulu me faire et de vous en remercier. J’ai reçu
aussi une boîte dont j’ignore encore le contenu. Je le garderai
pour plus tard car en ce moment nous sommes (au ravitaillement)
nourri comme des rois !
Remerciez avec moi le Bon Dieu des grâces qu’Il me procure
et partagez-vous les meilleures et les plus tendres caresses de
votre fils et frère affectionné.