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ce jeudi 2 août 1917

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-12- + ce jeudi 2 août 1917

Ma bien chère Marie-Louise,
Je viens de recevoir ta bonne lettre du 29 écoulé.
Je te remercie de m’avoir écrit aussi longuement, c’est
ma plus grande joie que de savoir par le détail tout ce
que tu fais et ce que vous faites tous, ainsi j’ai l’illusion
d’être presque avec vous.
Je travaille! dehors, sur une espèce de terrasse aménagée
devant le bureau. Tant qu’il faisait beau temps ça allait
mais depuis 2 jours ça ne va plus du tout. Le vent la fraîcheur
et des gouttes de pluie qui viennent sans cesse maculer ma feuille,
mille petits désagréments, quoi. Et pourtant je
ne me plains pas, oh mais non, car je suis en ce moment un poilu
des plus privilégiés. Tellement privilégié
que j’en ai presque honte.
Tant mieux que Blanchard ait réussi à te tranquilliser.
Je t’avais bien dit pourtant que je n’avais pas eu le cafard à
mon retour de permission, tu sais qu’il faut toujours me croire
parce que j’ai l’habitude de dire la vérité. Je
crois plutôt que cette vilaine bête (le cafard) était
resté à Salon et qu’elle travaillait pas mal Mademoiselle
ma sœur. Mais j’espère qu’il n’y a maintenant plus
de noir dans ton ciel. Je suis tout réjoui à la
pensée que tu prendras bientôt ton petit congé.
Le beau temps sera revenu d’ici là – en supposant que le
mauvais sévisse aussi en Provence – et j’espère
que tu sauras te reposer comme il faut.
J’ai reçu hier une gentille lettre de Mathieu Aymard.
Quand il ira au repos il te fera demander par sa sœur ou
te demandera directement quelques livres que je lui ai recommandés
et il te les renverra ensuite. Ce sont des livres que je suis
heureux de lui faire lire mais à condition qu’il les soigne
et les renvoie. Nous sommes entendus pour cela.
Maintenant si tu as quelques romans ou bons livres qui puissent
lui convenir et que tu ne tiennes pas à conserver tu pourrais
les remettre à sa sœur qui les lui ferait parvenir
avec les colis qu’elle a certainement l’occasion de lui adresser.
Hier, j’ai écrit longuement à Mlle au sujet de
l’Oeuvre. L’état d’esprit d’Hubert m’inquiète beaucoup.
Il faudrait que l’on prenne des dispositions pour suppléer
à son manque de dévouement.
Verrons-nous la fin de la guerre avant la fin de l’hiver ? C’est
très possible. Il y a en ce moment entre les chancelleries
des échanges de discours significatifs. Quant à
l’offensive, elle paraît être momentanément
arrêtée, par le mauvais temps, sans doute. On a beau
mettre tous les atouts, matériels dans son jeu, on ne peut
disposer du temps. Il faudrait alors s’adresser à Celui
qui commande aux flots et à la tempête mais la France
est toujours officiellement incrédule…
Prions-nous autres pour tous ceux qui ne le font pas. Demain
c’est le 1° vendredi du mois, puis le 15, l’Assomption. Demandons
au Cœur Sacré de Jésus à la très
Sainte Vierge d’avoir pitié de notre Patrie. Et espérons
toujours.
J’écrirai aussi à Hélène un de ces
jours, je suppose qu’elle aura été satisfaite de
ses petites vacances.
Tu sais, ma prochaine permission sera de 10 jours… allongés
et les doubles destinations sont rétablies à partir
du 15 août….
A demain. Je penserai à vous auprès de Jésus-Hostie.
En attendant je vous embrasse tous bien tendrement du fond du
cœur.

Raoul

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