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-2- + lundi 13 décembre 1915
10 courant et avant de me coucher je tiens à répondre.
Vous n’avez pas à craindre que le travail me fatigue trop,
je ne le prends pas au pire. Je fais ce que je peux et n’oublie
pas que si je dois retourner à la guerre la santé
me sera fort utile. Vous avez pu maintenant vous rendre compte
par vous-même que le régime ne m’était pas
trop défavorable. L’hiver sera certainement plus dur mais
somme toute nous avons la possibilité de nous soigner et
nous en profitons.
Ainsi que je te le disais dans le post-scriptum de ma carte-lettre
d’hier je ne suis pas allé au travail aujourd’hui et n’irai
que demain matin.
Ce matin les premières lignes ont dû être momentanément
évacuées à cause d’un bombardement intense
des premières lignes Boches par notre artillerie, c’est
pourquoi nous avons un repos. J’en ai profité pour aller
à la messe et comme je ne pourrai pas y retourner de quelques
jours, j’ai communié en viatique et après le nouvel
horaire du travail il y a une équipe qui marche de 6h.
à 12 et l’autre qui reprend de 12h. jusqu’à 18h.
Toutes les semaines on doit intervertir de sorte que si je reste
d’une semaine d’aller à la messe la semaine suivante il
me sera possible d’y assister tous les jours. Tu vois que je ne
suis toujours pas à plaindre et que le bon Dieu me prodigue
des faveurs que je suis bien loin de mériter.
Aujourd’hui le soleil a réapparu et le temps s’est maintenu
assez beau toute la journée. Plut au ciel que cela dure
Je suis heureux que vous ayez commencé vos réunions
hebdomadaires chez Mlle Giniès. C’est certainement un très
bon moyen pour exercer une action raisonnée et persévérante.
Mlle Giniès m’avait paru très bien comprendre tous
les avantages que l’on pouvait retirer de ces réunions.
L’essentiel est qu’elle ne craigne pas de singer l’œuvre
: Pourrais-tu me dire si tu a gardé le silence que tu te
promettais de tenir à ces réunions ? ! ! ! ! ! !
! ! ! !
J’apprends avec plaisir que Blanc a reçu la lettre que
je lui ai écrite de Commercy. Je pense qu’il me répondra
bientôt. Tu as tort de croire que c’est à mon intervention
qu’est dû son changement. C’est Basile qui a su toucher
son cœur et lui faire comprendre son devoir et je n’ai eu
qu’a terminer une action de relèvement admirablement commencée.
Tout de même je suis heureux d’avoir
été de quelque utilité à l’œuvre
pendant mon court séjour. Je dois tant à cette chère
Œuvre que je suis bien sûr de ne jamais faire assez
pour elle et de demeurer éternellement son débiteur.
Et puis en définitive, il faut toujours se rappeler que
ce n’est pas par nous-mêmes que nous pouvons faire quelque
bien. Notre nature est enclinte au mal et lorsque nous parvenons
à dominer notre cœur et à l’orienter vers le
Bien, c’est que Dieu par sa grâce nous en a donné
les moyens. C’est donc à Lui et à Lui seul que revient
le mérite de tout le bien que nous faisons.
Ainsi hier vous avez prié spécialement pour la France
; Bonne idée. Ah !, si l’on avait prié davantage
et avec plus de ferveur nous serions peut-être victorieux
maintenant. » Les bras levés dans la prière
enfoncent plus de bataillons que les bras levés pour frapper
« .
Je te laisse. Je vais encore répondre à l’Abbé
Bergomier et puis à la paille car demain matin le réveil
est a 5h.
Reçois avec papa et maman les meilleures et plus tendres
caresses de ton frère affectionné.