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-7- + lundi 3 janvier 1916
Ma chère Marie-Louise,
Je viens répondre à ta lettre du 27 reçue
hier et à celle du 30 que j’ai trouvé ce soir en
retournant du travail avec les 2 premiers N° de la Croix que
je viens de parcourir.
Pour l’instant je ne puis tenir tête à ma correspondance.
Il me faut abréger et retarder mais ce n’est certainement
que pour un temps.
J’ai trouvé très intéressant le petit livre
de prières du soldat que tu m’as adressé. J’ai été
heureux de voir que le sapeur n’était pas oublié
auprès du cœur de Jésus. On lui fait même
grand honneur. Y a bon pour le sapeur.
Je me dis que l’on récite cette prière chaque dimanche
à Lamanon au pied de la vierge de Calés. Tant mieux…mais
les processions ont elles encore lieu en plein hiver ? Cela prouverait
que l’on oublie pas partout le grand devoir de la prière.
J’écrirai à Maurice Christophe dès que possible.
A l’occasion excuse-moi de ne l’avoir pas fait encore, c’est le
désir qui manque le moins.
J’apprends avec plaisir que les détails que je vous ai
donnés sur mes fêtes de Noël vous ont intéressés.
Tu dois connaître maintenant notre fameux menu et aussi
les poésies que Vernnesson a bien voulu me donner.
Tous ces derniers soirs j’ai passé la veillée avec
ce cher ami. J’écrivais pendant qu’il lisait les »
Essaims nouveaux « . Ce livre lui a beaucoup plu. Il a particulièrement
remarqué les pages sur l’Amour et le mariage chrétien.
Cela l’a presque réconcilié avec l’idée de
mariage. Nos idées sont identiques sur ce grand sujet.
Nous sommes excessivement difficiles et cependant comme je le
lui disais puisque Dieu a permis que nos cœurs aient de telles
aspirations et que ces aspirations sont précisément
conformes à la notion du mariage chrétien, Il doit
permettre qu’un jour nous rencontrions celle qui doit devenir
la compagne de notre vie, l’inspiratrice, la collaboratrice, la
stimulatrice de notre activité familiale, religieuse et
sociale. A moins que par l’effet d’un morceau de ferraille boche
bien placé, Il ne préfère nous rappeler à
Lui. Si vraiment, malgré notre indignité, Il nous
ouvrait les portes du Ciel, ça serait au fond la solution
idéale.
Mais ce n’est pas cette perspective que nous envisageons le plus
souvent. C’est curieux comme depuis quelques temps et d’une façon
générale, on se laisse aller aux préoccupations
et aux projets d’après la guerre. On croit que le terme
béni de la Paix qui nous rendra à nos foyers approche.
Illusion ou secrète intuition ; L’avenir nous le dira.
Merci des 2 images que contenait ta lettre reçue ce soir.
Le les garderai avec plaisir.
J’ai bien donné les règles pour l’Archiconfrérie
de Prière et de Pénitences que j’avais apportées
mais je n’ai recueilli aucune adhésion ferme. Il est vrai
que je ne m’en suis pas particulièrement occupé.
Malgré le bonheur que j’aurais à prolonger longtemps
encore cette douce causette je suis obligé de te quitter
pour faire quelques autres lettres avant de me coucher. Cette
semaine je travaille l’après-midi et de ce fait je puis
aller le matin à la messe et communier. En Jésus
je puis m’unir tendrement à vous et à mes chers
amis. Quel bonheur et quelle consolation !
A demain, reçois avec papa et maman les meilleurs et les
plus affectueuses caresses du poilu.