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-3- + Mardi 21 Décembre 1915
lettre du 17 ainsi que plusieurs autres lettres d’Albert Vidal,
Prina, Daniel et Mlle Reynaud et aussi le paquet de linge annoncé
hier. Les photos arriveront probablement demain.
Ainsi que je vous l’ai dit déjà je n’ai plus besoin
de linge, je suis très suffisamment couvert et ne manque
absolument de rien. Le travail dans les abris sans parapets est
très intéressant et me plaît beaucoup. Je
suis en train de devenir bon mineur. L’eusses-tu cru ?
Il ne pleut plus dans l’abri ou je travaille et c’est pourquoi
sans doute je commence a m’y trouver si bien. J’ai comme coéquipier
un mineur de profession ; Ainsi tu le vois, je suis à bonne
école.
Demain et peut être après demain, changement de travail.
L’équipe des abris sous-parapets va remplacer une autre
équipe qui fait du clayonnage dans une tranchée.
Pour donner un coup de main, nous sommes un peu là ! En
attendant me voilà encore privé d’entendre la messe
jusqu’à nouvel ordre car nous marchons de 5h. à
midi.
Je me rattraperai pour Noël. J’espère bien pouvoir
assister à la messe de minuit et…réveillonner
ensuite.
Ce matin avec Delorme et Vennesson nous avons composé le
menu. Ce sera bat ! tu verras ça !…
Et toi qui me dis que ces fêtes seront tristes. Allons donc
est-ce qu’on peut-être triste lorsque Jésus vient
apporter la paix aux hommes de bonne volonté. La paix du
cœur vois-tu, c’est celle qui importe encore le plus, lorsqu’on
a le bonheur de la posséder, on peut attendre beaucoup
plus patiemment l’autre. Elle finira bien par venir aussi !
Je lis en ce moment l’histoire d’une âme racontée
par elle-même. C’est la vie de petite sœur Thérèse
et tu ne saurais croire à quel point elle me ravit. La
voie de l’enfance spirituelle qu’elle nous a enseignée
avec tant de perfection devrait semble-t-il séduire tous
les cœurs qui veulent aller à Jésus ! Puisions-nous,
au moins, le comprendre, nous autres, et marcher à la suite
de cette parfaite servante de Dieu. Ma dévotion et ma confiance
en elle augmentent de jours en jours et je n’hésite pas
à voir là une grande grâce du bon Dieu.
Je t’ai parlé d’une lettre de Daniel. Il m’écrivait
le 16 et devait monter en ligne le lendemain. Or, je vois avec
surprise que sa lettre est timbrée du 17 de la gare d’Angoulême
(Charente). Il m’annonçait que la moitié de sa compagnie
venait d’être évacuée pour maladie. Aurait-il
été évacué à son tour ? Je
suis porté à le supposer. Va vite aux renseignements
je te prie et donne-moi de ses nouvelles et au besoin son adresse.
Ecris-moi toujours longuement puisque c’est le seul moyen que
nous avons maintenant de nous communiquer nos impressions; nos
pensées, nos désirs et nos actes et reçois
avec papa et maman mes meilleures et plus tendres caresses.