Accueil » Les lettres de Raoul Francou » ce mercredi 26 juin 1918

ce mercredi 26 juin 1918

Cliquez pour voir l’original de la lettre:

-26- + ce mercredi 26 juin 1918

Mon bien cher papa,
Comme je n’ai pas pu répondre hier après-midi
à ta lettre du 24, je le fais ce matin avant le départ
du courrier ; de cette façon ma lettre te parviendra tout
aussitôt.
Marie-Louise en est déjà à la moitié
de son congé et je ne me suis pas encore aperçu
qu’elle est langui…Demain, ce sera jeudi et « dijaou
la sémano es anonsaou :
Ce matin elle est venue me retrouver à l’hôpital
et nous allons attendre l’heure de la soupe à l’ombre d’un
beau noyer. Tandis que je vais écrire un peu M.L. brode.
C’est le cas de dire que nous ne nous en faisons pas ! Le temps
se maintient superbe et nos journées s’écoulent
comme dans un enchantement. Si le proverbe est vrai qui dit qu’il
n’y a de chance que pour la canaille…nous ne devons pas valoir
grand chose !..
Et vous autres, que faites-vous ? Des extra aussi, sans doute,
puisque Monsieur paye à Madame des côtelettes…Si
cet accord parfait continue de régner, ce doit être
charmant et il nous faudra aussi bénir le bon Dieu de nous
avoir ménager ces quelques jours de quasi-isolement où
dans le calme et la tranquillité la paix se rétablit
inévitablement. D’ailleurs en philosophie on définit
la paix : la tranquillité de l’ordre.
Parlons maintenant choses plus sérieuses. Je crois que
rien ne m’empêchera samedi de retourner avec M.L. et cette
fois j’aurai le bonheur d’embrasser papa. Si le train arrive dimanche
matin sans trop de retard je monterai directement à l’Œuvre
en voiture pour tacher d’avoir au moins la fin de la messe. C’est
le principal de la fête et je serai désolé
de ne pas y être. Pourtant si le train avait du retard ça
me deviendrait impossible.
Comme mon costume et surtout mon pantalon est plutôt fripé,
tu voudras bien me porter le costume que j’ai à la maison
à l’Oeuvre pour que je puisse changer avant de descendre
en ville. D’autant plus qu’il est possible que je sois obligé
d’aller à la messe à St Laurent et je ne suis guère
en état d’y paraître convenable. Avec mon pantalon
ma veste et mon bonnet de police tu voudras bien monter aussi
une des cravates que j’ai laissées après l’avoir
repassée. Aussi je pourrai faire peau neuve avant de m’exhiber.
D’avance merci.
Pour le costume civil si maman persiste dans son intention de
me le faire confectionner, Pinto pourrait venir me prendre mesure
à Salon lundi dans la journée.
Je crois bien que je n’ai pas autre chose à dire aujourd’hui.
Mon pied va toujours mieux mais je ne puis pas marcher longtemps
encore sans fatigue, il faut que je mesure mes pas.
Je laisse la parole à M.L. et te prie de partager avec
maman les meilleures et plus tendres caresses de ton fils affectionné
;

Raoul
Biens chers Parents

Comme vous le dit Raoul jusqu’à maintenant tout va
bien. Le temps passe vite, trop vite, mais nous en profitons bien.
Je pense que nous aurons aujourd’hui le plaisir de recevoir encore
de vos nouvelles; Maman devrait bien se décider à
nous écrire un peu.
A demain, je vous embrasse tous deux bien affectueusement de
tout mon cœur.

Marie-Louise
Bonnes amitiés aux voisins Mme Gros – caresses à
Simone.

 Retour à la liste